dimanche 12 juin 2011

Lacrimosa: "Vermächtnis der Sonne" (1995)



Lacrimosa est le nom du projet crée en 1990 par le compositeur et chanteur allemand Tilo Wolff et la contralto finlandaise Anne Nurmi, qui officiait jusque-là au sein de la formation gothique Two Witches. Vingt-et-un ans et dix albums studios plus tard, Lacrimosa est sans conteste l´un des groupes phares de la scène métal gothique, étant parvenu à imposer son romantisme obscur et exigeant, devenu de plus en plus symphonique au fil des ans. Connu mondialement, le groupe jouit d´une renommée particulière au Mexique, au Japon ou encore en Espagne.

Angst et Eisemkeit, sortis en 1990 et 1991, choquent encore aujourd´hui par leur absolue noirceur. Minimalistes, désespérés, et pour tout dire assez malsains, des morceaux comme « Seele in Not » ou « Reissende Blicke » n´en demeurent pas moins d´authentiques chefs d´œuvre. Mais c´est en 1992 que se produit la mutation : délaissant les ambiances darkissimes de ses débuts, Lacrimosa opte pour un style symphonique et plus rythmé. Cette approche hybride combinant la dimension intellectuelle et émotionnelle du gothique au lyrisme des arrangements de cordes et l´énergie du metal ne livrera que d´excellents albums, tels que Stille (1997), Fassade (2001), Lichtgestalt (2005). Et un chef d´œuvre absolu : Inferno (1995).
Sur ce 4ème album studio, l´énergie créatrice de Tilo Wolff est à son apogée, et nous livre huit morceaux à la fois indissociables les uns des autres et formidablement originaux. « Copycat » est une OVNI metal frisant la perfection, « Kabinett der Sinne » une magistrale tentative de fusion gothic / doom / prog, « No blind eyes can see » un chef d´œuvre de nostalgie féminine et vénéneuse. Et bien sùr « Vermachtnis der Sonne », dont la singularité continue de fasciner les nombreux Lacrimofans, aux quatre coins du globe.

dimanche 3 avril 2011

The Legendary Pink Dots: "Golden Dawn" (1985)



Anglais émigrés aux Pays-Bas dès le début des années 80, The Legendary Pink Dots est une formation qui cumule les singularités. Stakhanovistes absolus, la bande du mystérieux Edward Ka-Spell aurait sorti près de 40 albums studio depuis 1981, et un nombre à peu près identiques de side projects. Tour à tour cold-wave, psychédélique, minimaliste, pop, industrielle et expérimentale, la musique des Dots donne dans l´éclectisme le plus radical. Si la démarche reste profondément underground, le relatif succès commercial rencontré entre la fin des années 80 et le début des années 90 a permis au groupe de se professionnaliser davantage et d´arpenter depuis et sans relâche les clubs d´Europe de l´Est comme de l´Ouest, mais aussi la Russie et les USA, où il jouit d´une certaine réputation. Dans les méandres d´unse discographie des plus complexes, on peut retenir par exemple "Poppy Variations" (2004), Nemesis Online (1998), Hallway of the Gods (1997). Quand aux 12 premiers opus sortis entre 1982 (Brighter Now) et 1993 (Malachai), c´est bien simple: ils sont à peu près tous cultes.


Sorti en plein milieu des années 80, Asylum porte particulièrement bien son nom. Principalement cold-wave et exprérimental sur la forme, il s´agit véritablement d´un cauchemar esthétique et délirant dont il n´est pas aisé de se défaire. Quelques morceaux en apparence plus légers tels "Echo Police" ou "The Hill" donnent la réplique aux monuments que sont les cauchemardesques "So Gallantly Screaming", "Go Ask Alice" et ses bandes inversées à donner le tournis, et le sépulcral, interminable et définitif "This Could be the End".

"Golden Dawn" constitue un autre cas complexe. Niant toute référence à la société secrète multi-séculaire Hermetic Order of the Golden Dawn, Ka-Spell nous conte une fable romantique pourtant assez largement ésotérique, oú une relative économie de moyens et d´effets permet d´approcher le merveilleux.

dimanche 9 janvier 2011

The Sisters of Mercy : "Black Planet" (First..., 1985)


Comme tous les groupes emblématiques de ce style musical, the Sisters of Mercy s´est toujours défendu d´être gothique. Un paradoxe parmi d´autres pour cette énigmatique formation londonienne, en activité depuis 1980, qui n´a réalisé que 3 albums studio en tout et pour tout (le dernier datant de 1990 !), tout en continuant de se produire en concert à intervalles réguliers. Un choix étrange, entre ascétisme studio et mercantilisme live. Pas étonnant dans ces conditions que le nom Sisters of Mercy puisse designer aussi bien un ordre religieux que des prostituées !

First & Last & Always sort en 1985. C´est officiellement le premier album du groupe, qui a pourtant produit un grand nombre de singles et maxi au cours des années précédentes. Réalisé dans des conditions chaotiques en raison de l´abus de drogues du leader Andrew Eldritch et des problèmes personnels des différents membres, le disque bénéficie cependant pour l´époque d´un niveau de sophistication notable dû à la qualité du matériel d´enregistrement. Très homogène, le disque propose un rock sombre et étouffant, porté par une basse ronde et mélodique, une telecaster claire, une boîte à rythme froide et une voix d´outre-tombe contant des fables d´une noirceur radicale.

Black Planet ouvre l´album tout en grâce. Musicalement très proche de l´essence même de Sisters of Mercy, il s´inscrit dans la tradition de joyaux tels que Marian ou Alice: à la fois rythmé, mélodique et fondamentalement dépressif. Ne surtout pas rater les prochains concerts de Sisters of Mercy à Paris au Trianon, le 5 mars 2011 et à Bruxelles, à L´ancienne Belgique, les 21 et 22 février 2011 !

vendredi 20 août 2010

Christian Death: "Deathwish" (Deathwish, 1981)



Désigné par plusieurs éminents spécialistes du mouvement gothique comme le groupe le plus important de tous les temps, Christian Death s´avère être une réalité particulièrement difficile à appréhender pour les profanes. Fondé à Los Angeles en 1979 par Rozz Williams au chant et Rikk Agnew à la guitare, la formation existe toujours en 2010, bien que ne comportant plus aucun membre du line-up original. Et pour cause: Si Agnew n´a en fait joué que sur le premier album (le mythique "Only Theatre of Pain") et quitté le groupe en 1981, Rozz Williams s´est lui suicidé en 1998 au terme d´une décennie particulièrement douloureuse pour lui, qui a vu dans un premier temps Christian Death splitter fin 1985, puis reprendre vie de manière totalement surréaliste sous la forme de deux groupes ennemis, - l´un sous son égide, l´autre emmené par le vénéneux Valor Kand, - portant rigoureusement le même nom et sortant des albums presque simultanément.


"Only Theatre of Pain" ainsi que le EP "Deathwish" constituent la pierre philosophale du death rock. Très homogènes, les morceaux composés pour ces disques sont en réalité de sombres comptines entêtantes empreintes de romantisme punk. Le chant de Rozz, classieux - presque maniéré - contraste efficacement avec les lignes mélodiques particulièrement brutes des morceaux, renforcées par une distorsion très original de la guitare et surtout les thèmes abordés dans les textes, qui évoluent entre descriptifs d´amours perverses et apologie du satanisme.

Emblématique de la première époque de Christian Death (pre-Valor), le titre Deathwish est un brûlot définitif, concis, entêtant et tragique qui continue à exercer une puissante fascination 30 ans après sortie.

dimanche 2 mai 2010

Sonic Youth: "Kool Thing" (Goo, 1990)


Même si sa légende est plus vivace en Europe qu´aux Etats-Unis, Sonic Youth est l´un des groupes les plus importants du mouvement post-rock. Questionnant radicalement les conventions d´un certain rock mort au début des années 80, le Youth est à la fois un acte de rébellion et une proposition nouvelle. Déconstructeurs du rock à la Beatles, l´expérience Sonic prend la forme d´un art puissamment figuratif autant influencé par la peinture contemporaine que par la street-culture, les bruits et les couleurs de New-York. Si leur influence a été maximale dans la décennie 86-96, surtout paradoxalement sur des formations West Coast telles Nirvana, Pavement ou The Breeders, Sonic Youth s´est ensuite employé avec succès à faire fructifier son art, sortant à un rythme de métronome un album tous les deux ans jsuqu`à "The Eternal" (2009).

L´album "Goo" (1990), le premier sur le label Geffen, sort juste après le cultissime "Daydream Nation" (1988) et avant "Dirty" (1992). Cette période est celle de la maturité pour Sonic Youth, dont les essais précédents (de l´album éponyme de 1982 à "Sister" en 1987), s´ils sont remplis de fulgurances, sont aussi globalement moins homogènes. "Goo", c´est une pochette, un art style, une attitude, et un âge: l´adolescence. A ce titre, il est bluffant de constater que les membres de Sonic Youth, aujoud´hui largement quinquagénaires (à l´exception du batteur Steve Shelley), ont gardé une allure incroyablement teenage.

Kool Thing est un single nerveux et sexy, très new-yorkais. Tout aussi excitant dans sa version studio qu´en live, le morceau est porté par la voix blanche de Kim Gordon mélangée aux guitares du duo Thurston Moore / Lee Ranaldo qui résonnent comme des sirènes. Et si Steve Shelley fait un boucan d´enfer derrière ses fûts, on est comme toujours en dérapage 100% contrôlé. S´il existe évidemment une part d´improvisation chez Sonic Youth, elle précède toujours le processus créatif. Une fois un morceau conçu, les dissonances, distorsions et autres larsens deviennent des éléments constitutifs de l´œuvre, qui sera toujours réinterprétée telle quelle. En cela, Sonic Youth est également plus proche du peintre que du rocker.

samedi 6 mars 2010

King Crimson: "Starless" (Red, 1974)


KING CRIMSON - STARLESS (Complete)
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Pour un certain nombre de bonnes raisons, King Crimson est un phénomène à la fois aussi important dans l´histoire de la musique que difficile à appréhender. Si la formation britannique fondée en 1969 connut un succès immédiat avec son premier album In the Court of the Crimson King, considéré comme la véritable pierre philosophale du rock progressif, le groupe va opérer une mue artistique des plus déconcertantes tout au long des 40 années suivantes.


In the Court of the Crimson King

King Crimson connut en fait trois périodes d´activités: 1969-1974 puis 1981-1984 pour une trilogie controversée (Discipline, Beat, Three of a Perfect Pair) puis 1994-2003 avec à nouveau une série - cette fois extrêment radicale - de trois albums (Thrak, ConstruKction of Light, The The Power to Believe). La seule constante est la présence de Robert Fripp, architecte-guitariste d´un groupe, qui utilisera pas moins de 20 musiciens (essntiellement américains à partir de 1970) et 5 chanteurs différents en seulement 14 albums studio.

Sorti en novembre 1974, Red marque donc la fin de cette première période. Le groupe annoncera sa séparation deux mois avant la sortie de l´album ; il n´y a donc pas eu de tournée. Vénéré autant par la critique que par les musiciens (jusqu´à Kurt Cobain), Red est constitué de seulement cinq morceaux tous très originaux et réussis (ne surtout pas manquer « Fallen Angels » et « Red » !), opérant une sorte de fusion post-moderne de jazz et de progressif, porteur d´une radicalité nouvelle qui s´exprimera de facon claire seulement une vingtaine d´années plus tard sur les albums Thrak (1995) et The ConstrucKtion of Light (2000) (et aussi dans l´intervalle sur de nombreux side-projects de Robert Fripp).



« Starless » est le morceau phare de l´album. S´il est de fait éxécuté par quatre musiciens, King Crimson (comme en atteste la pochette) est à ce moment précis "psychologiquement" un trio constitué de Robert Fripp à la guitare, John Wetton au chant et à la basse, et de Bill Brufford à la batterie, que l´on peut voir ici complétement allumé sur la deuxième moitié du morceau. Si le titre démarre comme un sérénade spatiale, sereine et équilibrée, il va progressivement chavirer dans un chaos angoissant et calculé, en ne se défaisant jamais tout à fait de cette tonalité particulière, presque bluesy, qui donne sa couleur à l´album tout entier.

dimanche 31 janvier 2010

Pink Floyd: "Let There be More Light" (A Saucerful of Secrets, 1968)




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Non sans arguments, certains fans du Floyd avancent que le groupe anglais aurait à lui tout seul enfanté plusieurs styles musicaux : l´ambient en 1969 avec Cirrus Mirror, le punk la meme année avec The Nile Song, ou encore la techno dès 1973 avec On the Run. Tous les spécialistes conviendront en tout cas que la période 1966-1973 fut la plus créative de Pink Floyd. Avant le succès de "The dark Side of the Moon", avant "The Wall", avant "The Division Bell". Avant la stéreo. Avant de remplir les stades, avant le split, avant les procès. Bien avant les diques solos et la subite et éphémère reformation de 2006 pour le concert caritatif Live Aid. Bien avant la mort de Richard Wright, il y a un an.

Parmi les adorateurs du pink floyd d´avant 1973, il y a plusieurs clans. Les intellos et les puristes, souvent lecteurs de Rock & Folk, ne jurent que par le premier album "The Piper at the Gates of Dawn", dit "album de Syd Barrett". Les toxicos, eux préfèrent "More" et "Obscured by Clouds". Les fans de rock progressif continuent en 2010 à écouter en boucle "Meddle" (enfin surtout le morceau Echoes) et "Atom Heart Mother". Les amateurs d´expérimentations sonores sont d´ardents défenseurs de "Umma-Gumma". On peut tenter la synthèse et se tourner vers "A Saucerful of Secrets".


Sa pochette en atteste : "A Saucerful of Secrets" est un sacré fourre-tout. L´on y retrouve de nombreux éléments constitutifs de la singularité du Floyd: qualité mélodique, rigueur dans l´expérimentation, spiritualité maitrisée. Les plus grands moments en sont indiscutablement A Saucerful of Secrets et Set the controls for the heart of the sun, longues odysées sciences-ficionnesques introspectives et fortement addictives. On y trouve aussi de sérieuses réminiscences pop du premier album: Remember a day, Corporal Clegg ou Jugband Blues.

Qu´est-ce qu´on aime tant dans Let There be more Light ? Un peu tout en fait: son intro originale, sa ligne mélodique orientalisante, son chant halluciné, ses couplets de douze secondes, ses textes à dormir debout, son refrain qui lance des éclairs et son finish chaotique.

mardi 8 décembre 2009

Joy Division: "Heart and Soul" (1980, Closer)




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Joy Division fut sans doute l´étoile la plus filante de toute la galaxie rock. En avril 1979, la quartette de Manchester publie son premier album "Unknown Pleasures", que l´on peut voir rétrospectivement comme le chaînon manquant entre le mouvement punk, déjà déclinant, et la cold wave, versant froid et minimaliste de la new wave des années 80. Cet album culte - jusqu´à sa pochette - sera le seul qui verra le jour du vivant de Ian Curtis, vocaliste et leader charismatique à tendance épileptique.

Ce dernier se suicidera en effet pour de bon (après deux tentatives avortées la même année) en se pendant dans sa cuisine le 18 mai 1980 à 23 ans, après - dit-on - avoir écouté China Girl version Iggy Pop. Ce suicide intervient quelques semaines seulement avant la sortie du second album "Closer", chef d´oeuvre absolu, recelant de nombreux titres époustouflants tels 24 hours, Decades, The Eternal ou bien Heart and Soul.



Heart & Soul, morceau à la fois tourmenté et cristalin, cérébral et presque dansant, illustre à la perfection le style Joy Division de ce début de 1980. Une section rythmique aussi précise qu´hypnotique porte à bout de bras le chant habité de Ian Curtis, traduisant un rapport à la vie d´une intensité extrême.
Devant une telle démonstration, on peut se demander jusqu´où aurait mené le génie créatif de Joy Division sans cette fin, hélàs tout aussi prématurée que prévisible.

samedi 14 novembre 2009

Portishead: "Machine Gun" (2008, Third)


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On connait le processus classique au terme duquel une formation qui vient à percer subitement au niveau critique et commercial voit bien souvent sa démarche créative affectée pour se rapprocher inexorablement du consensus de l´époque. On peuit citer pêle-mêle les facteurs suivants: médiatisation, pression de la maison de disque, attentes d´un public devenu mainstream. Il faut à mon sens y ajouter ce confort matériel et psychologique, antidote absolu au processus créatif. Il y a ainsi dans l´histoire de la musique pléthore de formations qui, après avoir momentanément bouleversé les codes en vigueur, sont devenues des caricatures d´elles-mêmes, livrant des disques insipides et des discours formatés. Un peu de name dropping? U2, Depeche Mode, Metallica, Red Hot Chili Peppers, Paradise Lost, Tiamat, etc. la liste exhaustive serait hélas beaucoup trop longue.

Il n´est donc pas courant qu´un groupe se radicalise au fil des albums. Les exemples sont même extrêmement rares. On peut citer Radiohead livrant des albums quasi-expérimentaux comme "Kid A" puis "Amnesiac" après le succès mondial de "OK Computer". Ou bien Nirvana sortant "Incesticide" compilation poisseuse et déglinguée, immédiatement après l´Ouragan "NeverMind" dans le but de casser la hype et pouvoir se réinstaller dans un processus de création exigeant. On pourrait citer également Sonic Youth, Dream Theater, Killing Joke. Et Portishead.

J´avais bien aimé les deux premiers opus des anglais, sortis au milieu des années 90; ce mélange de classe et de fragilité, et aussi cette façon d´être à la fois très à la mode et d´en être complètement en dehors. En 2008, onze ans après leur second opus, Portishead livre "Third", album exigeant et particulièrement diffcicile à assimiler, même après un grand nombre d´écoutes.



Choisir "Machine Gun" comme premier single est en soi un vrai, grand et beau suicide commercial. De ceux qui instantanément vous coupent du grand public, c´est-à-dire du la frange du public la moins fidèle et la moins intéressée par la dimension intrinsèquement artistique de la musique. Car Machine Gun est un titre dérangeant à plus d´un titre. Si la structure du morceau est en réalité de facture classique (seul manquerait le refrain final après l´enchaînement couplet/refrain/couplet/refrain/bridge-solo), ce qui détone est que la mélodie, au lieu d´être naturellement portée par un clavier ou une guitare, est ici intégralement sous-traitée à une batterie électronique aux sonorités particulièrement effrayantes.

Indus, minimaliste, électro, martial jusque dans son titre, Machine Gun ne laisse ni indemne ni indifférent. Si Portishead est un groupe de rupture, Third est - jusqu´à nouvel ordre - son album le plus radical, et Machine Gun sa composition la plus jusqu´au-boutiste. On tient donc là l´épicentre absolu du phénomène.

Normal que ça secoue.


lundi 12 octobre 2009

Alice In Chains: "Would?" (1993, Dirt)



Comment expliquer que dans les environs de Seattle naquirent entre 1985 et 1990 une dizaine de groupes, dont les plus talenteux s´appelaient Nirvana, Pearl Jam, Soundgarden et Alice In Chains, partageant pour l´essentiel une vision pessimiste de l´existence et une passion pour les sons de guitare bien lourds tout en exprimant un rejet vis-à-vis des codes metal alors en vigueur?

On a évoqué le climat pluvieux de Seattle, l´impact de la désindustrialisation, ou encore l´influence particulièrement fort de la drogue sur la jeunesse locale. Toujours est-il que de manière brutale la capitale de l´Etat de Washington devint l´épicentre du renouveau musical rock entre, disons, 1991 (sortie de Nevermind) et 1994-1995, années marquées par la mort de Kurt Cobain et l´essouflement des grandes formations locales après la sortie de plusieurs chefs d´oeuvre: SuperUnknown de Soundgarden (1994); Nevermind, donc, et In Utero (1993) de Nirvana; Ten (1991), Vs (1993), Vitalogy (1994) pour Pearl Jam; et Dirt (1992) et son plus discutable album éponyme sorti en 1995 pour Alice In Chains.



Dirt. Sans nul doute l´un des disques les plus déprimants de l´histoire du rock avec ses mid-tempos obsédants, ses thématiques morbides et les boucles vocales lancinantes de Layne Staley. Ce dernier tente d´exorciser son mal-être et ses démons les plus cachés au prix d´efforts vocaux parfois presque insoutenables. La dépendance de Staley à l´héroïne et à la cocaïne, jusqu´à son décès par overdose en 2002, rendait les tournées du groupe pratiquement impossibles. Les titres des morceaux comme Dirt, Down in a Hole, Junkhead, Hate to Feel ou Rain when I Die sont particulièrement explicites.

Pourtant, ce véritable enfer sonore déjà trop plein de certitudes sur l´inévitable tragédie qui vient, se conclut par un titre qui, par son point d´interrogation, semblait laisser comme un minuscule espoir.